Ahmed Ould Yahya rempile à la tête de la FFRIM au bout de deux mandats mitigés

Plébiscité par 33 délégués sur 34, soit plus de 97% des suffrages exprimés, Ahmed Ould Yahya rempile pour un troisième mandat de quatre ans à la tête de la Fédération Mauritanienne de Football (FFRIM). Dans le mot qu’il a prononcé aux termes de l’Assemblée Générale élective tenue le 26 mai 2019 à Nouakchott, il a remercié les délégués pour cette confiance renouvelée, «un poids que vous venez de me mettre sur les épaules pour persévérer à faire mieux» a-t-il conclu. Cependant si Ahmed Ould Yahya peut s’enorgueillir d’un bilan qualifié d’excellent, ses deux précédents mandats ne sont pas dénués de reproches.

La présidente de l’AS Police mettant son bulletin dans l’urne

La 19ème Assemblée Générale de la FFRIM s’est tenue le 26 mai 2019 à l’Amphithéâtre du siège de la fédération, en présence d’un quorum atteint à 100%. C’était en présence de Sarah Somalé représentant la FIFA et Augustin Senghor, président de la Fédération sénégalaise de football pour le compte de la CAF.

Ouvrant les travaux, le Secrétaire général du Ministère de la Jeunesse et des Sports, Mohamed Vall Ould Abdi, a mis en exergue les efforts déployés par la FFRIM pour la promotion du football national, soulignant que les résultats engrangés au cours des dernières années est le fruit d’un engagement fort des pouvoirs publics qui ont donné un intérêt particulier au football national.

Successivement, Augustin Senghor et Sarah Somalé ont témoigné de l’admiration des instances dirigeantes du football mondial et africain devant les progrès spectaculaires accomplis par le football mauritanien, mettant en exergue la bonne utilisation des fonds destinés à cette discipline, à son développement et à son rayonnement par la FFRIM.

Ahmed Ould Yahya tire huit ans de bilan

Devant un collège électoral composé de délégués représentant les ligues régionales, les clubs de première division et les associations sportives, Ahmed Ould Yahya a tiré huit années de bilan à la tête de la FFRIM. Dans le mot qu’il a prononcé à l’occasion, il a évoqué la qualification historique des Mourabitounes à la CAN 2019 en Egypte pour la première fois, ainsi que les deux participations successives à la CAN des Locaux (CHAN 2014 et 2018), mais aussi la désignation des Mourabitounes comme meilleure équipe africaine en 2018 lors d’une cérémonie organisée à Dakar par la FIFA. «La Mauritanie est aujourd’hui une nation de football respectée par les autres Nations, mettant ainsi fin à plusieurs décennies de mépris et de sarcasme qui accompagnaient la sortie de nos équipes» a-t-il déclaré.  «Mieux, la Mauritanie est devenue aujourd’hui un exemple d’organisation de sa fédération, poussant le président de la FIFA, Gianni Infantino, à inviter les autres fédérations à venir en Mauritanie pour s’en inspirer» a-t-il ajouté. Ahmed Ould Yahya considère ainsi que 8 années après sa nomination à la tête de la FFRIM, tous les objectifs tracés ont été atteints, soulignant que les plus grandes instances du football mondial et africain ainsi que les plus grandes stars sont devenus des ambassadeurs du football mauritanien, émerveillés par les progrès gigantesques accomplis en moins d’une décennie. Il en veut comme preuve, dira-t-il en substance, l’attention particulière que le monde attache au football mauritanien au point d’avoir choisi Nouakchott pour la tenue d’une réunion du bureau exécutif de la FIFA, après Johannesburg et Addis-Abeba et qui a vu la présence de délégués venus de plus de trente pays. Il a ajouté que le Stade Cheikha Boidya de Nouakchott est le premier stade à avoir bénéficié du programme Forward de la FIFA et que la Mauritanie est également le premier pays à bénéficier du Projet For School lancé cette année par la FIFA et sanctionné par le contrat signé à Nouakchott par la Secrétaire générale de la FIFA, Fatma Samoura, avec le Ministère de l’Education Nationale et le Ministère de la Jeunesse et des Sports, sous la supervision de la FFRIM.

Championnats. Par rapport au x différents championnats, Ahmed Ould Yahya a parlé de la bonne organisation de la Super D 1 et de la Super D 2 , mais aussi des championnats des petites catégories, U-20, U-17, U-15 , U-13, et bientôt les U-11, soulignant que la Mauritanie est l’un des rares pays africains à avoir un tel championnat. Il a aussi mentionné l’Académie de football dont le nombre de pensionnaires est passé de 27 en 2018 à 38 en 2019, avec l’admission de joueurs venus de l’intérieur du pays et le programme sport-études offerts dans la perspective de préparer la relève. Une extension de l’Académie, projet phare de la FFRIM et principal volet de son budget, est prévue, a-t-il annoncé, pour accueillir des U-13.

Football Féminin. Ahmed Ould Yahya a également évoqué le football féminin, qui selon lui poursuit un championnat régulier au niveau de la catégorie sénior et des U-15, précisant qu’un championnat U-17 au niveau de ce volet sera organisé bientôt. «Pour la première fois, l’équipe nationale féminine va participer au tournoi COTIF 2019, à côté des cadets » a-t-il précisé. Il a aussi parlé des tournois Grassroots, football de base, organisés par la Direction Technique au niveau national pour détecter des jeunes talents, mais aussi le foot en salle et le beach soccer qui en est à sa deuxième édition.

Conseillers Techniques Régionaux. Parmi les projets à venir de la FFRIM, a-t-il rappelé, la création à partir de la saison prochaine de postes de conseillers techniques régionaux, formés par d’anciens internationaux payés par la FFRIM, pour appuyer les ligues régionales.

Stages et Formations. Sur le plan des stages et formations, Ahmed Ould Yahya a parlé des apuis apportés par la CAF et la FiFA dans ce domaine dans le domaine de l’arbitrage, d’entraîneurs, avec une licence C qui sera bientôt délivré selon lui, pour former des entraîneurs pour les petites catégories. Comme nouveauté sur ce plan, il a évoqué le trio arbitral féminin qui a supervisé la finale de la Coupe de la Super D2.

Digital. Il a aussi déclaré que la FFRIM est l’unique fédération à disposer d’une régie complète de télévision, soulignant que ce sont les matchs réalisés par cette régie qui alimentent la chaîne nationale «Arriadiya». Dans ce cadre, il a révélé l’existence d’une analyse vidéo des matchs effectué chaque semaine par la direction de l’arbitrage, soulignant que la fédération veut même s’essayer à introduire le VAR dans son championnat et que des arbitres mauritaniens, à l’image de Dahne, ont même été envoyés pour suivre des cours d’arbitrage au VAR. «Aujourd’hui, nous disposons de 11 arbitres FIFA dont 3 femmes » a-t-il déclaré. La FFRIM serait ainsi très en avance sur le plan des TICS, avec un site électronique référentiel classé parmi le Top 5 africain, tout comme sur le plan des réseaux sociaux et du renforcement des capacités digitales de la fédération.

Sponsors. Sur le plan des sponsors, la FFRIM serait aujourd’hui en renégociation avec Mauritel, dira-t-il, dans le sens d’une amélioration du nouveau contrat qui devait les lier si les conditions sont requises, annonçant que l’opérateur vient de payer un Bus multifonctionnel pour l’équipe nationale.

Rapport Financier. Dans son rapport financier, Pape Amghar Dieng, Trésorier de la FFRIM a évoqué un budget de plus de 9 Milliards MRO (93.733.551 MRU) pour l’année 2018, avec 68% sur fonds FIFA, 7,89% subventions de l’Etat et 7% Sponsors, dont 1 million MRU de la société Attijari. L’équipe nationale a consommé en 2018 plus de 17 millions MRU, alors que les dépenses de fonctionnement de la FFRIm s’élèvent à environ 4 milliards MRO

Enfin, deux clubs sont montés en première division, FC Sahel de Nouadhibou et AS Médine du Trarza, alors que deux clubs ont été relégués en seconde division, l’AS Armée et FC Deuz.

Amendements. La 19ème AG de la FFRIM a été surtout marquée par trois amendements, l’un portant création d’une Commission électorale nationale indépendante présidée par Lam Abdalaye, la création d’une Commission d’Ethique présidée par Mohamed Mahmoud T’Feïl et la cooptation par le président de la FFRIM de deux membres qui viennent s’ajouter aux 13 membres du Bureau Exécutif, en l’occurrence Souleymane Ould Breihem, président de l’AS Médine et Cheikh Ould Gharraby, président de l’ACS Ksar.

Forward 2.0. Enfin, Ahmed Ould Yahya a parlé de la deuxième génération du Programme Forward, le Forward 2.0 par lequel la FIFA oblige désormais les fédérations à présenter un Plan Stratégique 2019-2022 pour en profiter. C’est dans ce cadre qu’il a mentionné, en plus de l’organisation de championnats masculins et féminins réguliers, l’extension du siège de la FFRIM pour le doter d’un troisième étage, la construction d’une salle fermée pour le Fustall de 1.500 places.

Il a aussi évoqué l’amélioration des textes de la fédération dans le sens d’une plus grande subvention accordée aux équipes, de l’organisation d’un championnat semi-professionnel régulier, entre  autres. «Tous ces résultats sont le fruit de vos efforts, celui du gouvernement et en particulier du Président de la République, du public sportif, des partenaires et des sponsors» a-t-il précisé.

La FFRIM et ses scandales répétitifs

Malgré un bilan très brillant salué par l’ensemble des sportifs au niveau national et international, la FFRIM n’est cependant pas hors des critiques. Véritable empire au-dessus duquel il trône après avoir verrouillé les textes pour se maintenir au pouvoir, en excluant par exemple du collège électoral les équipes de la deuxième division, Ahmed Ould Yahya est accusé d’avoir fait main basse sur un troupeau réduit d’obligés sur lesquels il exerce  un diktat implacable, maniant la carotte et le bâton. Le président de la FFRIM est en effet accusé par ses détracteurs d’avoir usurpé des clubs de leurs dirigeants pour les confier à des proches, et d’avoir crée d’autres clubs sur lesquels trône certains proches familiaux et d’autres lieutenants.

Il lui est surtout reproché d’avoir accordé un statut d’intouchable au FC Nouadhibou, l’équipe qu’il présidait jusqu’à sa nomination à la tête de la FFRIM et qu’il continue de couver d’une main protectrice. Tel fut le cas lors de l’affaire FC Nouadhibou-AS Garde Nationale en 2017, lorsque la réserve portée par la Garde sur un joueur étranger évoluant au sein du FC Nouadhibou, muni d’une licence falsifiée, fut réglé de la manière la moins orthodoxe. Ce scandale qui a secoué la scène nationale sera étouffé aux seuils d’une plainte que la Garde comptait porter auprès du TAS et qui sera réglé par des moyens détournés. Il en serait ainsi pour tous les matchs difficiles du FC Nouadhibou pour lesquels certains trios arbitraux seraient systématiquement désignés pour faire gagner le club du boss.

Il est aussi toujours reproché au président de la FFRIM de s’être immiscé dans le fonctionnement de plusieurs clubs. C’est ainsi que les anciens dirigeants de l’ASAC Concorde continuent de se battre par des moyens judiciaires pour réparer l’injustice dont ils se considèrent victimes. Ils considèrent en effet que l’opération par laquelle Ahmed Ould Yahya a détourné l’ASAC Concorde pour la confier en d’autres mains est une action maffieuse. Surtout qu’elle serait intervenue, à leurs yeu, aux lendemains de la disparition d’un montant de 75.000 euros, fruits du transfert de deux joueurs du club et qu’un tribunal de Nouakchott a sommé de rembourser sans succès. Il en serait aussi d’un club de la périphérie. L’organisation des Awards, véritable show où des millions d’ouguiyas sont claqués en une nuit de prestige à l’effigie du président de la FFRIM, serait aussi pour beaucoup de détracteurs d’Ahmed Ould Yahya, une manière subtile de détourner l’argent de la FFRIM.

Ainsi, la pérennisation du président Ahmed Ould Yahya serait, pour ses adversaires très nombreux au sein du milieu sportif, le fruit d’un tissu de réseaux tissés au plus haut sommet de l’Etat, ce qui fait que l’homme est devenu un justiciable d’une catégorie hors norme, au point de refuser de se présenter sans conséquence à une convocation après la plainte déposée contre lui par un journaliste pour agression.

Cheikh Aïdara

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